Commémorations

Plan du Bourg 2018

Commune de SAINT GEORGES D'HURTIERES

CÉRÉMONIE COMMÉMORATIVE DU MASSACRE DU 14 MARS 1944

AU PLAN DU BOURG

DISCOURS prononcé par M le Dr Alain BOUVIER, Maire de ST GEORGES D'HURTIERES

le 18 Mars 2018

 

Mme la Députée

Mmes et Mrs les Elus,

Mmes et Mrs les responsables d’associations d’anciens Combattants et victimes de Guerre

Mmes et MM les représentants des autorités civiles et militaires,

Mes et MM les porte-drapeaux,

Les musiciens de l’Echo de Charbonnière,

Vous tous ici présents,

 au nom du Conseil Municipal, je vous remercie de votre participation à cette cérémonie.

Je dois excuser:

-       Monsieur le Président du Conseil Général

-       Monsieur  le Sous-Préfet,

-       Mme la conseillère départementale

-        M Durbet, président du SPM

-       M le Délégué Militaire Départemental

 

       Comme chaque année pour l’anniversaire du 14 mars 1944, nous sommes réunis pour rendre hommage à ceux qui sont morts et à ceux qui ont combattu, engagés dans le Combat de l’ombre, celui de la Résistance à l’occupant, et plus particulièrement aux résistants du Plan du Bourg massacrés à cet endroit.

Lors de la seconde partie de cette cérémonie qui se déroulera au monument aux morts du Chef-lieu , nous associerons à cet hommage les déportés et toutes les victimes de la guerre de 39-45, puisque ce même jour des habitants de notre commune prirent le chemin de la déportation,.

Et enfin, cette année exceptionnellement, à la demande du Président des AC de la commune, nous déposerons une gerbe  en commémoration de la fin de la guerre d’Algérie, le 19 mars.

 

       Comme chaque année nous aurons une pensée pour tous ceux qui ont disparu ou ne peuvent plus multiplier les déplacements et qui nous ont fait partager pendant de nombreuses années, leur propre combat dans la résistance ou dans les camps.

 

Il appartient dores et déjà aux générations qui n’ont pas connu la seconde guerre mondiale de prendre encore plus ardemment le relai de la mémoire, de la connaissance  et de la vulgarisation des causes de ce conflit, pour que plus jamais de telles horreurs ne se reproduisent.

 

Vous me permettrez de relater ces évènements, pour nous les remémorez ou pour les faire connaître à ceux qui ne les connaissent pas encore.

 

       Le contexte national est une France dirigée par Pétain, dont le régime de collaboration facilita l’occupation nazie tout en anticipant parfois la mise en place de mesures criminelles, mais aussi une France dont les mouvements de Résistance s’organisent progressivement.

    Les appels de De Gaulle le 18 juin 1940 comme celui de Duclos pour le Parti Communiste, le 10 juillet de la même année, en seront parmi les premiers maillons.

 

        En 1944, dans le canton, la Résistance est bien organisée, principalement composée des FTP, renforcée comme partout, des réfractaires au STO. L’impact des actions menées contre l’ennemi est considérable. Rappelons par exemple la destruction des transformateurs de l’usine de La Pouille, usine qui travaillait pour les allemands, et où tomba Emile Mellan  habitant de St Georges. Ses 5 camarades dont Joseph Semillon, plus tard déporté, réchappèrent de justesse.

Je pense aussi à Vincent Chourgnoz qui accueillait les résistants qui passaient dans notre commune et qui a été une des pierres angulaires de l’organisation locale de la Résistance.

 

        Pourtant toutes les précautions ne suffiront pas à contrer la stratégie allemande d’infiltration des réseaux de Résistants, comme ce fut le cas ici au Plan du Bourg.

Dans le groupe de jeunes FTP du Plan du Bourg, le traître c’est CATELLA, un jeune aussi, enrôlé depuis 15 jours. Il disparaîtra le 11 mars au soir, ce qui ne sera pas sans poser quelques questions aux membres de ce maquis.

         Bien que sur leurs gardes, les maquisards décident  cependant de rester encore quelques jours dans le camp volant. Jusqu’au 14 mars.

         Ce jour là, vers 1 heure du matin, des bruits sont perçus par les sentinelles, en dessous, vers la vallée.

         Puis c’est à nouveau le calme, jusqu’à 5 heures, heure où l’alerte est donnée.

         Car les Allemands sont  déjà dans chaque hameau de ST GEORGES.

         Un groupe se dirige ici où il est décidé que quelques Résistants doivent rester pour fixer l’attaque et permettre la fuite de leurs camarades qui ainsi seront sauvés.

         Pour le groupe restant, ce sera un massacre.

         Les corps de 8 maquisards et d’un agriculteur seront découverts plus tard dans la journée, affreusement mutilés et seront descendus à la mairie avant d’être inhumés.

 

 

       Sept habitants de ST GEORGES, tous en lien avec la Résistance et connus de Catella, seront aussi raflés ce jour-là et envoyés en Déportation. Tous ne reviendront pas. Comme Camille BUTTARD, Fanchon PICHET ou  CHEVRIER et LANTHEAUME.

 

 

            ST GEORGES aura encore à subir la fureur nazie fin août, alors que la libération du pays a commencé.

            Les Allemands, dans une ultime vengeance tuent résistants et civils et incendient la commune.

 

  Devant ce monument, en ces lieux, n’oublions pas que ces jeunes résistants, morts pour défendre leurs camarades et délivrer la France, avaient tout juste 20 ans.

  Ici, ils étaient français ou d’origine italienne, allemande ou yougoslave, déjà opposants dans leurs pays à l’annexion fasciste. Ailleurs, il y avait des Espagnols, des anciens des brigades internationales, de toute nationalité. Rappelons-nous l’Affiche Rouge où les résistants étrangers étaient alors aussi considérés comme des terroristes.

            N’oublions pas que ces jeunes résistants ont lutté contre le totalitarisme hitlérien, pour rendre à la France toute sa dignité et ses valeurs démocratiques, pour lui permettre d’être présente à coté des vainqueurs et non dans le camp des vaincus, lors de la signature de l’armistice.

            N’oublions pas que les traîtres et collaborateurs, comme Catella, Papon, Bousquet, Pétain et tant de dignitaires du régime de Vichy dont beaucoup trop de grands industriels et financiers, ont participé, d’une manière ou d’une autre, à l’horreur en pactisant avec les nazis.

            N’oublions pas le plus atroce, la déportation, les camps de concentration et la volonté d’extermination de peuples, de races, d’opposants politiques, de Résistants .

            N’oublions pas qu’aujourd’hui encore, les actes belliqueux, les occupations illégales de territoires, comme les humiliations quotidiennes, le nationalisme imbécile, le populisme le plus bas, érigés parfois au nom d’un idéal politique ou religieux, persistent dans le monde sur tous les continents et malheureusement en France aussi.

 

 

Mais n’oublions pas non plus que c’est le 15 mars 1944, qu’était adopté le programme du Conseil National de la Résistance, à l’unanimité de toutes ses composantes, tellement avantgardiste qu’on cherche encore aujourd’hui à le démolir.

 

Ceux qui ont été massacrés au Plan du Bourg avaient des convictions, beaucoup de ceux de la commune qui ont été déportés aussi. Tous défendaient des valeurs qu’on ne peut pas passer sous silence, ne serait-ce que par respect pour leur combat et leur fin tragique.

A l’heure où l’Europe soumise aux puissances financières n’amène que l’austérité pour le plus grand nombre, le racisme et le populisme refond surface et conduisent des peuples à se doter de dirigeants d’extrême droite.

Que l’Histoire nous serve de leçon qui montre qu’on ne peut bafouer indéfiniment et impunément l’intelligence et la dignité humaine. 

Dates des Commémorations

Des commémorations ont lieu chaque année aux dates suivantes :

14 mars : Massacre du Plan du Bourg

8 mai: armistice de la guerre de 39-45

14 Juillet: fête nationale

Dernier dimanche d'août : incendie du village en 1944

11 novembre :  fin de la guerre 1914/1918

 

Incendie de St Georges

 

LE 26 AOUT 1944 

 

 

Permettez-moi, au nom du conseil municipal de St Georges de vous remercier, vous qui êtes présents ce matin, élus, représentants des anciens combattants et victimes de guerre et leurs porte-drapeaux, citoyens de St Georges et des communes voisines. 

 

27 août 1944 …, 26 Août 2018 …, 

74 années nous séparent de ce jour où les habitants de St Georges assistaient impuissants, en route vers le Cucheron ou vers Montendry, à l’incendie de leur village par l’armée allemande. 

Et voilà bien plus de trente ans maintenant que nous commémorons ce sinistre anniversaire.

 

En ce mois d’Août 2018, le 4 pour être plus exact, disparaissait, à l’âge de 101 ans, Arsène Tchakarian, dernier survivant du réseau Manouchian. 

Dernier témoin de ce groupe de résistants portant le nom de son fondateur, le poète arménien Missak Manouchian. 

Ayant échappé à la rafle et caché par un policier hostile à l’occupation allemande, Arsène Tchakarian n’était pas sur l’affiche rouge et ne fut pas exécuté comme 23 de ses camarades. 

Il ne les a jamais oubliés, ces camarades tombés pour la liberté, et a passé sa vie à faire connaître leur histoire « pour que la vérité historique soit connue, surtout des plus jeunes ».

 

Cet homme, né en Turquie et de famille arménienne est arrivé en France en 1930. Communiste, adhérent de la CGT, il s’engage dans l’armée française et se bat dans les Ardennes. 

Puis, ne supportant pas la capitulation, il choisit le chemin de la résistance au sein des Francs Tireurs et Partisans – Main d’œuvre immigrée, FTP MOI. 

Il prendra la nationalité française en 1958.

C’était un « étranger et notre frère pourtant »,comme ceux dont les visages apparaissent sur l’Affiche Rouge, « parce qu'à prononcer leurs noms sont difficiles y cherchait un effet de peur sur les passants ».

 

Alors que les théories racistes, hégémoniques, ultra-nationalistes tenaient le haut du pavé …, il y avait des étrangers dans la résistance. 

Il y en avait aussi dans les maquis de Savoie. A St Georges, il y avait des yougoslaves, ailleurs, des anciens des brigades internationales, des militants anti-fascistes espagnols ou italiens. 

 

Et ce sont aussi eux qui ont contribué à la défaite de l’Allemagne nazie, à la libération de villes et régions entières. Ce sont aussi eux qui ont permis à la France, au moment de l’armistice, de se trouver au rang des vainqueurs et non des vaincus.

 

Ce sont des faits historiques dont il faut se souvenir à un moment où, profitant de la crise économique et morale, ces théories nauséabondes dont je parlais plus haut renaissent avec force, un peu partout en Europe.

A un moment où le repli sur soi, sur ses habitudes, sur ce qu’on connait …, où la crainte de l’autre, de ce qu’on ne connaît pas … refont surface. 

 

Il n’est pas nécessaire d’être originaire du même pays, d’avoir les mêmes racines pour partager des sentiments, des émotions, des convictions …

Soyons très vigilants, on passe si vite de la fraternité, de l’accueil bienveillant à l’incompréhension et à la méfiance …

Tout, autour de nous, nous y pousse !

 

C’est pourquoi il faut garder en mémoire ces moments où la folie des hommes s’est acharnée sur notre village : 

Le 14 mars 1944, d’abord, le massacre de 8 résistants et d’un cultivateur au Plan du Bourg et la déportation d’habitants dont plusieurs ne reviendront pas ou seront à jamais marqués par les horreurs des camps de la mort. 

 

Et puis, en cette fin du mois d’août, alors que l’armée allemande se repliait vers les cols savoyards, cet incendie qui fait rage. Le feu est mis aux maisons, aux granges, aux meules de foin : « on aurait dit des chandelles » dirent les témoins !

 

Du bas aux hauts de la commune, tous les hameaux sont touchés.

Du 24 au 29 août, les habitants essuient tirs de mortiers, d’obus, de fusils mitrailleurs. Les bâtiments du chef-lieu sont systématiquement détruits à l’aide de grenades incendiaires.

Qu’ils se battent ou qu’ils n’aient pas eu le temps de partir, la liste est longue des  personnes abattues, des personnes massacrées :

Des femmes comme des hommes, des habitants de St Georges, des villages environnants ou venus d’ailleurs comme ce groupe de partisans venus de Haute Savoie.  

 

  • MOLLARET Louis-Philippe, et GIRAUD Marius
  • MELLAN Juliette, elle avait 20 ans
  • GEORGES Félicien et VINIT Fernand
  • BOUCLIER Elie de St Pierre de Belleville et un de ses camarades résistant
  • PILLET Théodule
  • BERLINGUIER, surnommé « La Vapeur »,
  • VINIT Marie Joséphine et BOUVIER Pierre

 

Lorsqu'elles reviendront de la vallée des huiles ou de Montgilbert où elles se sont réfugiées, beaucoup de familles trouveront tous leurs biens anéantis, encore fumants.

 

Les Résistants feront ensuite reculer les allemands plus haut dans la vallée où les exactions et incendies continueront. 

St JEAN sera libérée les 1er et 2 septembre 1944.

 

Et puis ce sera la libération du pays et la mise en place du programme du Conseil National de la Résistance.

 

Il n’est pas sans conséquence que ce programme fut élaboré par ceux qui se sont battus contre le nazisme, qui ont soufferts et résistés dans les camps. 

Ceux qui ont voulu « les jours heureux ».

 

Les jours heureux, c’était le contraire de l’oppression qui avait pesé sur le pays pendant ces années noires.

Les jours heureux, c’était s’attaquer aux racines économiques et sociales du fascisme et de la guerre que sont les inégalités, les injustices, la misère, la précarité, la peur du lendemain … 

C’était aussi amoindrir le pouvoir des gros industriels qui avaient collaboré.

 

Et concrètement, ce sera la nationalisation de ces grandes industries, de l’énergie avec la construction de nombreux barrages et des transports. 

La sécurité sociale, mise en place par Ambroise Croizat, originaire de Tarentaise

La retraite qui passera du statut d’assurance au principe de solidarité au même titre que la maladie. 

Et puis, des services publics renforcés et accessibles à tous les citoyens. 

 

C’était dans les mois et les années qui ont suivi la fin de la guerre.

 

Je pourrais me contenter de dire, comme nous le faisons toujours ici, que ce qu’on nous présente aujourd’hui comme « des réformes incontournables et porteuses de modernisme », ce n’est autre que la démolition systématique de ce bel héritage et de ses développements ultérieurs.

 

  • Transports, routes, énergie, et communications bradés au privé, barrages hydroélectriques qui sont en passe de l’être  
  • Sécurité sociale qu’on aimerait bien rebaptiser « assurance » sociale, 
  • Retraites par points et non par répartition
  • Ecoles, hôpitaux, maisons de retraites en état d’urgence …

Comment donc, ne pas être inquiet quand aux conséquences de ces retours en arrière.

 

« Celui qui ne connait pas son histoire est condamné à la revivre »,dit-on.

 

Mais l’adage est incomplet puisque son contraire ne se vérifie pas :

Je connais mon histoire et je ne veux pas en revivre les plus mauvais moments. 

Mais pourtant, je n’arrive pas à changer le cours des choses. 

 

C’est qu’en effet, clairvoyance et conscience des évènements ne sauraient suffire sans action, sans engagement pour le bien commun.

 

Rien de bon n’est à attendre de l’individualisme, exacerbé par la nécessité de se sauver personnellement, et de ses conséquences que sont la peur, le rejet de l’autre et le dessèchement de tout ce qui est collectif.

 

Point n’est besoin d’être philosophe, ni même engagé au sens politique du terme pour cela.

Il suffit, par exemple, et pour ce qui nous concerne, nous habitants de St Georges, de préserver nos associations, de faire en sorte qu’elles travaillent ensemble …

Il suffit de faire vivre notre commune si singulière par son histoire et sa vie quotidienne.

 

Dans ce monde si sombre, résister est toujours un rayon de soleil.

 

Christiane LEHMANN

Adjointe

26 août 2018